"Planter une jeune arbre qu'on est allé choisir dans une pépinère est assurément un plaisir, encore faut-il le mériter, saisir intuitivement, du dedans, ses besoins, son sol, son climat, son exposition. La plante n'est pas un objet, mais un être vivant comme nous, doué d'une densibilité que l'on ne peut expliquer mais que l'on a maintes fois constatée. Cette saisie directe, on l'appelle "la main verte". On sent, par exemple, que l'arbre a besoin d'eau, de beaucoup d'eau pour pousser les nouvelles racines qui l'arrimeront. Il lui faudra, pendant l'année qui suivra sa plantation, des arrosages fréquents, surtout lors des sécheresses de l'été.
En pépinière, ce n'est qu'un anonyme, le voici maintenant individualisé, personnalisé, il est devenu NOTRE arbre. Nous le verrons grandir et prospérer. On plante pour son propre plaisir, mais surtout pour l'avenir, pour nos descendants. Eux seuls verront l'arbre parvenu à son parfait développement, qui, pour un chêne, demandera une centaine d'années. Sa présence leur rappellera le souvenir de celui qui jadis le planta."
Extrait du dernier ouvrage de Jacques BROSSE, La Magie des Plantes, Albin Michel, 2005.